Les voix des ans sur moi chantent leur triste chœur, Lorsque je vous regarde, ô boucles parfumées, Ô cheveux blonds ou noirs de femmes tant aimées, Beautés vieilles déjà dont rit le temps moqueur ; Et vous que je sauvai de ce triste vainqueur, Lettres de parents chers, avec soin enfermées, Lettres de mes amis, dont les mains sont fermées, Ô papiers adorés, archives de mon cœur ! Les femmes que j'aimai sont épouses et mères ! Mes amis m'ont trahi, déceptions amères ! Mes proches sont allés dormir dans le tombeau ! Je reste morne et seul, pareil aux débris sombres De quelque ancien logis, jadis riant et beau, Qu'ont quitté les vivants et qu'habitent les ombres.