Le chalet - Épisode 11
Lendemain de fêtes
Mon quota de sommeil ne répond pas aux exigences que je m'impose. Pourtant, je suis réveillée dès huit heures. Je cavale aux toilettes. Il y fait bien chaud grâce au petit radiateur électrique. Je regarde par la lucarne. Le ciel est encombré de nuages d'altitude. Nul doute que le peu de bleu qui subsiste va disparaître rapidement. Je garde mon pyjama sous mon survêtement pour descendre. Il y a juste maman qui s'occupe du café à la cuisine. Nous rions de nos mines un peu défaites. Je fais griller les tranches de pain sur la plaque de la cuisinière à bois. Voilà papa qui arrive. Il s'occupe des œufs. J'étale les tranches de bacon sur le pain. L'odeur met en appétit. Les mamies déboulent à leurs tour. Les mains au-dessus du poêle. Les papys rappliquent et font de même. Maman met les bols sur la table de la grande salle. Nous prenons notre petit déjeuner en revenant sur la soirée du réveillon. Le constat est sans appel. C'était superbe et restera un beau souvenir. Nous traînons à table. Papa est descendu vers six heures. Il en a profité pour bourrer les poêles de la grande salle et de la petite. Avant de remonter. Il fait bien chaud. Vingt trois degrés dans les communs. Vingt cinq à la salle de bain.
Les mamies insistent pour faire la vaisselle. Les papys s'installent devant le jeu d'échecs. Papa, maman et moi, enfilons les anoraks pour descendre à la cave. La température extérieure est de moins quatorze degrés. Le vent agite les branches des hauts sapins noirs. Il participe de cette atmosphère polaire. Il faut s'échauffer une bonne dizaine de minutes avant de nous entraîner. Les exercices abdominaux. Les rotations de buste. Je m'accroche aux poutres apparentes pour des tractions. C'est excellent pour les bras, les deltoïdes, les pectoraux et le dos. J'ai mes "petits machins" depuis ce matin. Des contractions me gênent un peu. J'ai pris mon médoc. En relevant les jambes et en les laissant en angle droit, c'est excellent pour les abdominaux, les cuisses et les fessiers. Avec maman, nous essayons de battre nos records. Papa soulève ses charges additionnelles improvisées. Des seaux emplis de neige tassée et glacée. Un dans chaque main, il pratique ses curls. Puis, en passant une barre dans les anses des seaux, il pratique ses squats. Nous sommes bien chauds mais quand nous respirons, de la vapeur sort de nos bouches et de nos narines. Nous voilà quittes de nos disciplines. Nous remontons. Il y a de petits flocons de neige qui recommencent à tomber. Quand j'ai mes "petits machins" je ne prends pas de douche. Je me lave au lavabo.
Il va être onze heures trente. C'est moi qui suis aux fourneaux. Interdiction d'entrer dans la cuisine. La recette "Marmiton" affichée sur l'écran de mon I-phone. Pour midi et demi, ce seront des tartes flambées. Lardons, oignons, gruyère de Comté. Je prépare consciencieusement le nécessaire. La pâte à pain à laquelle j'incorpore du jus d'ail que je presse. Inutile de laisser reposer la pâte que je pétris tout de même énergiquement. Ça toque à la porte. Je crie : << Interdit ! >>. La voix de maman : << Je viens préparer les salades ! >>. Elle me rejoint. Je mets quatre tartes flambées sur les quatre plaques du four. Une véritable étuve. Une chaleur infernale. Le temps de sortir la pile d'assiettes du placard. Les couverts. J'emmène le tout dans la grande salle. Les mamies prennent le relai. Je reviens aider maman. Les feuilles de laitues que je passe dans l'essoreuse. Maman coupe l'ail, les échalotes. Je dénoyaute les olives noires "à la Grecque". Je coupe les avocat en tranches. Une dizaine de cerneaux de noix avec l'huile d'olive. Le jus d'un demi citron. L'assaisonnement est fait. Maman rajoute les feuilles de laitue et les fines tranches de deux gros avocats. Je saupoudre de levure diététique en paillettes. Miam. Je m'en verse un peu dans la main parce que j'adore le goût.
Quatre autres tartes flambées dans le four pendant que nous nous partageons les premières. Je reçois plein de bisous. Merci "Marmiton". Je retourne chercher la seconde fournée. Je reviens mettre les quatre dernières tartes dans l'enfer du four. Elles sont cuites, dorées à souhait, en même pas huit minutes. Il faut vraiment surveiller. Nous traînons à table. Il faut allumer les lumières car les nuages ont apporté la pénombre dans la maison. J'adore ces ambiances élégiaques. C'est magique. Cela renvoi à l'enfance. La vaisselle. Papa plonge, nous essuyons. Je connais toutes les paroles des chansons paillardes qu'entament les papys, armés de torchons. << En revenant de Nantes ! >> et son refrain récurrent. << Trois orfèvres à la Saint Éloi ! >> et ses sous entendus coquins. Nous rions comme des fous. Il va être quatorze heures. Les mamies et les papys décident de rester au chaud. Les mamies ont leurs livres. Le papy guitariste s'installe avec son instrument, l'autre allume son ordinateur. Papa, maman et moi enfilons nos anoraks. Bonnets, gants, écharpes, grosses godasses. Je porte deux paires de chaussettes, un legging sous mon pantalon. Un pull en laine sur mon col roulé en coton. Nous descendons à la cave. Nous récupérons les toiles cirées pliées dans le local ski. Ce sont de vieilles nappes. Rien de mieux pour faire des descentes derrière le chalet.
Une fine neige ne cesse de tomber. Avec les cinquante centimètres de l'ancienne, bien gelée, elle tient. Nous montons le pré jusqu'aux pieds de la falaise. La pente est régulière. Arrivée en haut, il suffit d'étaler les toiles cirées de s'y coucher, de la tenir à deux coins. Et c'est parti. Descente vertigineuse. Nous prenons de la vitesse en poussant des cris d'animaux qui n'existent pas. Arrivés en bas de la pente, il faut bloquer avec les talons. Sinon c'est la pente dangereuse devant le chalet. La forêt. C'est absolument génial. Nous nous amusons comme des gosses. Trois premières remontées pénibles dans la neige. Ça glisse. Nous ressemblons à des bonhommes de neige après la quatrième descente. Les mamies et les papys sur le balcon qui applaudissent nos performances. Pour ce premier jour de l'année c'est une activité ludique merveilleuse. À force de descendre, nous avons formé une véritable piste. La neige est damée. À chaque descente, la vitesse est plus grande. Je suis à plat ventre, couchée sur ma nappe, à piloter mon "bolide". Je me ramasse de la neige plein de visage. Elle pénètre par mon écharpe détendue. Comme c'est désagréable !
Le ciel gris et sombre annonce le crépuscule. Inutile que le jeu devienne dangereux. Nous rentrons. La chaleur de la maison est une bénédiction. Les mamies nous ont préparé des bols de chocolats chauds. Jamais, un chocolat chaud ne m'a paru aussi bon. Je garde les mains sur le bol bouillant pour bien les réchauffer. << Ce soir, gratin de pâtes avec côtes de porc pannées ! Qui qu'en veut ? >> lance papa. Nous levons tous les six la main en criant : << Oui ! Oh oui ! >>. Je me propose pour une salade de carottes. << Pas question ! >> s'écrie la mamie paternelle. Je m'installe dans le fauteuil à bascule en rotin avec mon nouvel I-phone. Malgré les conditions météorologiques, la connexion est parfaite. Ce phénomène est sans doute possible par la présence de l'antenne relai pas très loin. Mon profil Instagram et mon profil Tik Tok pour découvrir les publications de mes contacts. Mon estomac ronronne. J'ai faim. Il est dix neuf heures quand nous dégustons un délicieux gratin de pâtes. Des macaronis recouverts d'une couche de ce succulent gruyère Suisse d'Appenzeller. Mon Dieu, avec les côtelettes de porc pannées, c'est à tomber tellement c'est bon. Une Béchamel bien délayée que j'étale sur le tout. Nous traînons à table. La fatigue nous gagne. Nous n'avons pas notre quota de sommeil. Et en ce que concerne, les folies de l'après-midi m'ont achevé. Dès la vaisselle terminée, vers vingt et une heures, je laisse tout le monde pour monter me coucher. Avec ma bouillotte.