Nos poèmes préférés

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Destin

Rosario Castellanos

Nous tuons ce que nous aimons. Le reste
n'a jamais vécu.
Personne n'est si proche. Un oubli, une absence,
parfois moins, ne blesse personne d'autre.
Nous tuons ce que nous aimons. Que cesse maintenant
cette asphyxie de respirer du poumon d'autrui!
Il n'y a pas assez d'air
pour deux. Et la terre ne suffit pas
pour les corps réunis
et la ration d'espérance est petite
et la douleur ne se partage pas.

L'homme est animal de solitudes,
cerf blessé d'une flèche au flanc
qui fuit et se vide de son sang.

Ah, mais la haine, sa fixité insomniaque
de pupilles de verre; son attitude
à la fois repos et menace.

Le cerf va s'abreuver et dans l'eau apparait
le reflet d'un tigre.
Le cerf boit et l'eau et l'image. Il devient
—avant qu'on ne le dévore— (complice, fasciné)
l'égal de son ennemi.

Ne donnons la vie qu'à ce que nous haïssons
 
Emptygirl (L.)
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Le dormeur du val​


C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Arthur Rimbaud
 
Artémis 84
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Demain dès l’aube

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne.
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irais par la forêt, j’irais par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrais sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, Les Contemplation.
 
lala227
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Demain dès l’aube

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne.
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irais par la forêt, j’irais par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrais sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, Les Contemplation.
ouah je le connaissais pas je l'adore
 
M
Membre supprimé 1163
Anonyme
Alejandra Pizarnik – Depuis cette rive (Desde esta orilla, 1958)



Même si l’aimé
brille dans mon sang
comme une étoile colérique,
je me lève de mon cadavre
et en évitant de fouler mon sourire mort
je vais à la rencontre du soleil

Depuis cette rive de nostalgie
tout est ange.
La musique est amie du vent
amie des fleurs
amie de la pluie
amie de la mort.
 
M
Membre supprimé 1163
Anonyme
Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang
Je vais délivrer celle que j’aime
S’il en est encore temps
Et que j’ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l’avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu’elle soit libre
Et même de m’oublier
Et même de s’en aller
Et même de revenir
Et encore de m’aimer
Ou d’en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu’à la fin des jours
La douceur de ses seins modelés par l’amour.

Jacques Prévert
 
M
Membre supprimé 1163
Anonyme
Souvenir près de l’oubli. Mort lointaine
la voix grince et trépide et tremble
le vent dément
le vent ment
le vain vent
la main ment
la main sainte
le vent saint
le saint enceinte
par le vent qui ment
je mens
je m’en démens
je m’endors
d’or et d’ouïr
j’ai mes mains démentes
mes saintes mains
enceintes de ton ombre
je m’effondre
je m’effleure
un geste de fleur
frêle
froide
je m’offre affreusement
[UWSL]je m’offre[/UWSL]
tu m’effraies
je m’offre
je m’en fous



Alejandra Pizarnik – Souvenir près de l’oubli
 
M
Membre supprimé 1163
Anonyme
Le dernier poème

J'ai rêvé tellement fort de toi,
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée.

Robert Desnos
Domaine public, 1953
 
Anonyma
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Ombre sur groupe
Tu attends quelqu'un
qui ne revient pas
ce qui veut dire
que tu vis ta vie
dans l'histoire que quelqu'un réalise
qu'il ne peut pas vivre la sienne sans toi.
Les prises de conscience ne fonctionnent pas comme ça.
Rupi kaur ♡♡♡♡♡

#l'histoire-de-ma-vie