Dieu : que reste-t-il lorsqu'on retire les livres et les croyances ?
Pour établir scientifiquement l'existence d'une entité, il faut pouvoir produire au minimum une observation indépendante, vérifiable et reproductible permettant de distinguer cette entité d'une simple construction intellectuelle.Appliquons donc cette exigence à Dieu.
Les principales sources invoquées pour affirmer son existence sont des textes religieux, des traditions, des témoignages, des expériences personnelles, des institutions religieuses, des prophètes, des gourous ou des interprétations théologiques. Mais aucune de ces sources ne constitue, en elle-même, une observation scientifique de Dieu.
Un livre peut affirmer que Dieu existe.
Un prophète peut affirmer avoir parlé à Dieu.
Un croyant peut être absolument convaincu d'avoir ressenti Dieu.
Une religion peut transmettre cette conviction pendant des siècles.
Mais l'affirmation, même répétée pendant des milliers d'années, ne devient pas une observation scientifique.
Et c'est là que se situe le problème fondamental.
Si l'on retire les textes qui affirment que Dieu existe, les traditions qui transmettent cette affirmation et les témoignages de ceux qui y croient, quelle observation objective reste-t-il permettant de démontrer l'existence de Dieu ?
À ce jour : aucune qui soit reproductible et unanimement vérifiable.
Cela ne prouve pas logiquement que Dieu n'existe pas. Cela établit quelque chose de plus précis :
Et si quelqu'un affirme que Dieu intervient réellement dans le monde physique — qu'il crée, guérit, provoque des événements, répond aux prières ou modifie la matière — alors ces affirmations deviennent des affirmations concernant la réalité observable. Elles peuvent donc être soumises à la question scientifique :L'existence de Dieu n'est pas établie par les méthodes permettant d'établir les faits concernant le monde observable.
Où est la mesure ? Où est l'observation ? Où est l'expérience reproductible ?
Si aucune réponse vérifiable n'est disponible, il n'est pas rationnel de transformer une croyance en fait établi.
Il faut également distinguer deux propositions :
et« Dieu existe mais nous ne pouvons pas le démontrer. »
La première est une position métaphysique ou religieuse. La seconde est une affirmation sur la réalité et doit fournir des preuves proportionnelles à son importance.« Dieu existe, et voici les preuves permettant de le démontrer. »
La science n'a donc pas besoin de déclarer :
Elle peut simplement demander :« Nous avons prouvé que Dieu n'existe pas. »
Si aucune observation ne permet de faire cette distinction, alors l'hypothèse n'est pas démontrée.« Quelle observation indépendante permet de distinguer l'hypothèse Dieu d'une hypothèse dans laquelle Dieu n'existe pas ? »
Et surtout, l'absence d'explication scientifique à une question ne constitue pas une preuve de Dieu.
« Nous ne savons pas » n'est pas synonyme de « Dieu l'a fait ».
L'origine de l'Univers, de la vie ou de la conscience peut encore comporter d'immenses questions ouvertes. Mais une question sans réponse n'est pas une preuve en faveur d'une réponse surnaturelle particulière.
Ainsi, le véritable point de confrontation n'est pas la foi elle-même.
C'est le passage de :
à :« Je crois que Dieu existe »
Le premier énoncé relève de la croyance personnelle.« Dieu existe réellement, et vous devez accepter cette affirmation comme un fait. »
Le second exige des preuves.
Et lorsqu'une affirmation extraordinaire ne dispose d'aucune preuve indépendante, reproductible et falsifiable, la position scientifiquement honnête n'est ni de l'accepter comme un fait, ni de prétendre avoir prouvé son impossibilité : c'est de dire simplement « nous n'avons pas de raison scientifique suffisante de conclure que cette entité existe ».
C'est précisément cette distinction entre croire, affirmer et démontrer qui permet de mettre une affirmation à l'épreuve sans avoir besoin d'attaquer les personnes qui y adhèrent.
Donc comment dire que Dieu existe alors que vous n'êtes même pas capables de le prouver ?
