Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L'une ressemble Ă l'imprudence ;
Faite pour l'Ăąge heureux dont elle a l'ignorance,
C'est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légÚre,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangÚre,
Elle confond les rangs et folĂątre avec eux.
L'instinct du cĆur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L'enfance ne sait point haĂŻr ;
Elle ignore qu'on peut trahir.
Si l'ennui dans ses yeux (on l'éprouve à tout ùge)
Fait rouler quelques pleurs,
L'AmitiĂ© les arrĂȘte, et couvre ce nuage
D'un nuage de fleurs.
On la voit s'élancer prÚs de l'enfant qu'elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu'elle-mĂȘme,
L'obliger Ă la fuite et reprendre l'essor.
C'est elle, ĂŽ ma premiĂšre amie !
Dont la chaßne s'étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l'aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu'il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l'avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rĂȘve pur de notre enfance
En a prolongé l'innocence ;
L'Amour, le temps, l'absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon cĆur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C'est, ma chĂšre, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.
L'autre Amitié, plus grave, plus austÚre,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystĂšre ;
Elle observe en silence et craint de s'avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s'y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.